Publié le lundi 30 mars 2009

Réflexions du fauteuil : je décerne un prix de citoyenneté à tous les immigrants

30 03 2009

Le cinéaste Patricio Enriquez pendant sa déclaration aux Prix Jutra (Photo Bernard  Brault, La Presse)

Hier soir, avait lieu la remise des Prix Jutra du cinéma québécois. Pour moi l’événement de la soirée n’a pas été la remise des prix, mais la déclaration de Patricio Enriquez, le réalisateur du film Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture, qui a gagné le Jutra du documentaire.

M. Enriquez a été le seul gagnant ou présentateur à intervenir pour dénoncer le gouvernement conservateur qui met notre culture en péril. Et c’est un immigrant qui l’a fait. J’ai trouvé peu d’information le concernant, mais je crois qu’il est originaire du Chili. Il a réalisé plusieurs autre films dont Images d'une dictature en 2005. Je suis très heureux que de plus en plus de nos concitoyens nés à l’étranger ou enfants d’immigrants de deuxièmes générations participent pleinement à notre société, parfois avec une conscience plus aiguë que plusieurs Québécois d’origine des défis qui nous confrontent. Ils sont nombreux à refuser de vivre dans le confort et l’indifférence comme plusieurs francophones de souche. Patricio Enriquez, Amir Khadir, Joseph Facal, Sam Hamad, Maka Kotto et plusieurs autres n’ont pas besoin d’accommodements raisonnables pour prendre la place qui leur revient de plein droit et se considérer comme aussi québécois que ceux qui vivent ici depuis plusieurs générations.

Pour remercier tous les immigrants qui viennent vivre avec nous, nous enrichissent et nous aident à maintenir notre poids démographique au sein du Canada, j’aimerais que nous fassions un petit effort supplémentaire d’intégration. Je n’en peux plus de nous entendre faire des pirouettes linguistiques pour marquer la différence entre eux et nous quand vient le temps de les nommer. Combien de générations faut-il pour que nous cessions d’appeler des Québécois d’origine haïtienne nés ici des Haïtiens? Quand Amir Khadir qui est né ici, cessera-t-il d’être un arabe? Nous ne disons pas de Lisa Frula ou Josée Di Statio qu’elles sont italiennes parce qu’elles s’expriment exactement comme la majorité, mais Tony Massarelli qui a un accent est toujours resté un italien.

Nous avons beaucoup de difficulté à inclure les immigrants dans la définition de ce que nous sommes comme peuple. Nous savons pertinemment que dans beaucoup de discours, le mot québécois désigne exclusivement ceux qui sont francophones d’origine et vivent ici depuis toujours. Lorsque les conservateurs ont reconnu la nation québécoise, je pense que la majorité a pensé  que ça ne s’appliquait qu’à la majorité justement, à l’exclusion des anglophones et des immigrants. J’aimerais bien connaître la perception qu’ils en ont. Il y a une grande confusion dans nos esprits, la nation désigne-t-elle les francophones, tous les citoyens qui vivent au Québec ou le territoire que nous occupons? Les conservateurs se sont bien gardés de le définir avec précision pour ne pas attiser la flamme nationaliste.

La difficulté des Québécois à se définir eux-mêmes et le multiculturalisme canadien brouillent les pistes. Les immigrants eux-mêmes ont de la difficulté à se définir entre leur culture d’origine et la nôtre. Je crois que nous avons le devoir de les aider en les considérant en tout temps comme faisant parti de nous et en cessant de les identifier comme s’ils n’étaient que de passage avant de retourner chez eux. Chez-eux, c’est ici et plus vite ils le ressentiront, plus rapidement ils participeront pleinement à notre société comme tous les autres québécois.

Marcel Aubut, le nouveau président du Comité olympique canadien fait une grosse déclaration ici : http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/